Le Blog De Mani

Simiutopia

Simiutopia – épisodes 1-5

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On ne le répétera jamais assez, la SFFFH (Science-Fiction/Fantastique/Fantasy/Horreur) française est le parent pauvre de ses consœurs d’outre-Manche et Atlantique. Ne lisant précédemment qu’en anglais et uniquement des auteurs s’exprimant par naissance dans cette langue, je n’en avais en fait jamais eu conscience jusqu’à ce que je me mette à en écrire moi-même dans celle de Molière et fasse l’inventaire des maisons d’édition susceptibles d’être intéressées par ma prose. Je réside en Suisse et quasiment aucune société ne propose d’imprimer «de telles fadaises» ici et toutes conseillent systématiquement de «voir en France». C’est à cette occasion que j’ai découvert Cocyclics, et une toute petite partie de la myriade d’écrivains amateurs ou expérimentés qui chaque jour se retrouvent sur le site pour des bêta-lectures, des encouragements mutuels, et beaucoup d’autres choses encore.

C’est sur cette formidable plateforme que j’ai apprécié les débuts de ce qui deviendrait la série Simiutopia de Céline Reinert, et dont les premiers épisodes viennent de sortir aux éditions Lune Écarlate. En voici le résumé:

Ella a 28 ans, elle vit dans les tunnels depuis toujours. On lui a confié il y a trois mois, la charge du clapier 0-12 où vivent les bébés Simiens tout juste sortis du labo. Les tunnels… Ce grand X qui abrite en son centre, la porte vers Simiutopia. Elle en a passé des heures à rêver, à se demander ce qui peut bien se trouver derrière, mais on ne passe jamais la porte quand on est une Anomalie comme elle, seuls les Simiens aboutis ont droit à ce privilège. Alors elle vit dans le quartier des femelles depuis ses dix ans, depuis qu’elle a quitté les clapiers, au milieu de ses semblables. Enfin, semblables… Pas vraiment. Elle est une anomalie parmi les Anomalies, c’est un comble ! Une vie loin d’être idyllique, sans compter l’ombre du tyrannique Jaz, qui plane constamment sur son existence…

Je ne connaissais pas l’auteure, mais son style fluide m’a rapidement séduit, fait de phrases courtes, de mots intrigants: «clapiers», «labo» et autres «anomalies» et surtout d’une héroïne attachante dans sa description, mais vulnérable et torturée, et atteinte d’une condition rarement évoquée depuis un certain Norman Bates, et dans un univers assez original. J’ai donc décidé de m’«offrir» le premier épisode (il est gratuit) dès sa sortie, à l’occasion de la 2e édition de l’initiative «Le 1er septembre, j’achète un livre/ebook de SFFFH francophone». Et je ne l’ai pas regretté…

La fin du premier épisode est un choc rarement éprouvé au cours de mes lectures et donne très envie d’en savoir plus, mais Céline Reinert a décidé de surfer sur la vague des feuilletons à la Wattpad, et ne livre qu’un texte très court pour laisser son lecteur dans l’expectative. La suite ne déçoit pas. Elle est toujours aussi torturée, mais une certaine tendresse s’éprend maintenant des habitantes des souterrains et permet au lecteur de souffler un peu alors qu’Ella décide de s’occuper d’une petite anomalie, sorte de créature simiesque. C’est là l’occasion d’en découvrir un peu plus sur les compagnes de l’héroïne. La plume de Céline Reinert fait merveille, en nous campant des personnages crédibles aux portraits rapidement brossés par des mots qui vont droit au but. L’ambiance n’en reste pas moins oppressante, et Jaz, le Némésis d’Ella n’est jamais loin. Sa folie destructrice va le faire s’emparer de l’objet des attentions de celle-ci. C’est dans un suspens digne des fins d’épisodes de Lost/Les Disparus que se conclut le deuxième volet de Simiutopia à l’issue duquel la découverte d’un bien inquiétant secret amènera les fans (et j’en suis) à devoir ronger patiemment leur frein pour la suite…

Celle-ci est parue en novembre dernier et lève le voile sur la vraie nature des occupants des souterrains (un secret de Polichinelle à la vue des 2 premières couvertures et du titre en lui-même pourtant). Des êtres intelligents, dont la vraie raison d’être, au-delà de la gestion des «clapiers» reste floue, mais celle d’Ulrik, personnage déjà présent dans l’épisode 2, est claire. Obsédé par sa découverte, il veut en comprendre le secret au péril de sa propre vie. On en apprend également plus sur sa complice Ella, la terrible condition de celle-ci, et la conscience qu’elle a peut-être de cette dernière, à travers une confrontation avec Ulrik et Jaz, et dont les dialogues chargés autant d’émotions (pour ne pas dire manipulation psychologique) que d’électricité valent à eux seuls l’achat de ce 3e opus. Il culmine de nouveau avec un rebondissement, aussi violent que vexant. J’espère de tout cœur que l’auteure saura garder ce rythme et tenir le lecteur en haleine au fil des épisodes à venir…

Le suivant ne fait renforcer la frustration quant à la nature et surtout le contenu des objets mis à jour précédemment, car Céline Reinert Reinert n’en lève pas encore le mystère. En revanche, elle nous fait entrevoir plus de personnages, et révèle leurs destinées probables, et pas des plus agréables. Cette nouvelle partie est par ailleurs l’occasion de découvrir le conflit émotionnel d’Ella, et l’évolution possible de celui-ci. On appréciera au passage le talent de l’auteure pour cet exercice périlleux et l’emploi d’une juste plume pour la description des troubles mentaux, profonds, de son héroïne. Encore une fois, c’est sur un nouveau rebondissement que se termine cet épisode de Simiutopia…

Mais le tome 5 est vraiment celui qui m’a le plus plu jusque là. S’il lève enfin le voile sur le contenu des boites, et apporte une chronologie bienvenue des évènements menant à la situation dépeinte dans les quatre premiers tomes, il fait entrevoir aussi une terrible réalité, d’autant plus concevable qu’elle pourrait bien devenir un jour la nôtre. Céline Reinert surfe ici sur la vague des peurs générées régulièrement par les annonces d’une organisation mondiale bien connue, mais va plus loin… Et si une pandémie incontrôlable se déclenchait? On découvre celle-ci à travers les restants d’un «journal de bord», suffisamment réaliste pour le commun des lecteurs, et qui se lit comme le roman en lui-même, sans pouvoir s’arrêter. Qui sont véritablement les Simiens? Et quel sera le rôle de l’héroïne principale? Mais il faudra patienter jusque juin pour le savoir… Et dans l’attente, je vous enjoins comme d’habitude et de tout cœur à découvrir les cinq premiers épisodes des pérégrinations souterraines d’Ella dans cet univers aussi captivant qu’original!

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